Apport de l’infographie pour l’étude comparée du développement et du savoir-faire dans l’application des techniques de la perspective chez les Primitifs Flamands et les Peintres de la Renaissance Italienne.

Aurélie BEYS               (aurelie.beys@fpms.ac.be    tel : +32.65.37.43.13)

 

 

POSITIONNEMENT DU PROBLEME

La mise en œuvre des techniques de la perspective dans les œuvres picturales intéressent beaucoup d’historiens. Cependant, ces derniers se limitent bien souvent aux éléments linéaires et à la détermination des points de fuite. Il est très rare de considérer les éléments du paysage ou des détails tels que les arcs ou les voûtes. En effet, ce type d’étude impose des connaissances dans deux domaines très différents et souvent considérés, à tort, comme contradictoires : celui de l’histoire de l’art et celui des sciences appliquées, en particulier la géométrie (perspective) et l’infographie (traitement d’images). Certains spécialistes en histoire de l’art et de la Renaissance se sont cependant déjà aventurés dans ce type d’analyse scientifique de la perspective mais les artistes étudiés sont pour la plupart Italiens (Piero Della Francesca) ou connus (Jan Van Eyck).

 

OBJECTIFS

1. Analyse des erreurs du tracé en perspective

Pour atteindre cet objectif, il est indispensable de comprendre les règles de perspective linéaire et d’étudier l’évolution de la mise en œuvre des techniques de la perspective par les Primitifs Flamands et les peintres de la Renaissance Italienne. Pour analyser le tracé sur base de photographies de tableaux il est indispensable de tenir compte du contexte historique et des principes connus à l’époque considérée. Nous recensons trois types d’erreurs :

 

 

 

        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2. Analyse chronologique d’œuvres d’un même artiste

Diverses techniques sont mises en œuvre par les historiens pour attribuer et dater des tableaux. Ils utilisent notamment les réflectogrammes à infrarouge, les radiographies ou la dendrochronologie. Afin d’établir la chronologie de peintures d’un même artiste, l’évolution du tracé en perspective des œuvres contenant des éléments architecturaux peut s’avérer être un outil d’aide important. L’application à l’évolution du tracé des arcs dans les tableaux de Petrus Christus en est un exemple convaincant.

 

 

 

 

 

 

 

 ‘Madone d’Exeter’,                                                        ‘L’Annonciation’                                                           La Mort de la Vierge

Petrus Christus,  ~1445-1450                                     Petrus Christus, 1452 (?)                             Petrus Christus, ~1460-1465

 
 


3. Restitution ‘semi-automatique’ de tableaux

Restituer un tableau consiste à retrouver les coordonnées spatiales (X,Y,Z) de points (x,y) du tableau, ce qui revient à formuler des principes inverses à ceux du premier traité de perspective : le fameux ‘De Pictura’ rédigé par Alberti en 1435. L’espace 3D tel que nous le connaissons est décrit par la géométrie Euclidienne. Les côtés des objets ont des longueurs, les lignes sécantes déterminent des angles entre elles et deux lignes sont parallèles si elles appartiennent à un même plan et ne se rencontrent jamais. Ces propriétés ne changent pas après avoir appliqué des transformations Euclidiennes (rotation et translation). Si nous considérons un tableau peint en perspective (tout comme les photographies d’ailleurs), nous constatons que la géométrie Euclidienne est insuffisante. En effet, les longueurs et les angles ne sont pas préservés, deux droites parallèles peuvent converger vers un même point, … . Nous devrons donc travailler en géométrie projective. Les transformations projectives conservent le type (une ligne reste une ligne), l’incidence (un point sur une ligne le reste) et le ratio en croix. La géométrie projective permet notamment de caractériser le plan à l’infini, notion très importante dans le cas qui nous concerne. La mise en perspective consiste par exemple en un passage en, de l’espace 3D à l’espace 2D tableau. Si la mise en perspective est un problème relativement aisé, retrouver la structure spatiale à partir d’une image 2D l’est beaucoup moins. Prenons l’exemple d’une ligne (figure ci-dessous). Soit C l’œil du peintre, l’image en perspective centrale de la ligne L de l’espace 3D est la ligne d’intersection entre le plan défini par l’œil C et la ligne L et le plan du tableau. Une ligne de l’espace 3D se projette donc sur une ligne dans l’image perspective. Par contre, le passage du tableau à l’espace 3D n’est pas aussi systématique. En effet, la ligne l est l’image perspective de chacune des lignes appartenant au plan passant par l’œil du peintre C et la ligne l. Afin de déterminer l’orientation exacte de la droite recherchée, nous devons étudier des notions supplémentaires telles que la caractérisation des lignes et des points de fuite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Diverses méthodes de restitution seront étudiées, appliquées et comparées. Par exemple, la personne restituant manuellement un tableau a déjà une idée de la morphologie des éléments architecturaux et des proportions de ceux-ci et considérera donc les erreurs de tracé éventuelles au fur et à mesure de la reconstruction 3D. Cette analyse s’avère cependant longue et fastidieuse. Par contre, la restitution automatique permet de fortement diminuer ce temps de travail mais les erreurs éventuelles du tracé ne sont pas prises en compte et les scènes spatiales obtenues sont parfois déformées.

4.  Identification d’éléments architecturaux

Les éléments architecturaux représentés dans les tableaux de la Renaissance respectent en général des proportions spécifiques en accord avec les constructions de l’époque. N’oublions pas que Brunelleschi, à qui on attribue la découverte de la perspective, était également architecte. Bon nombre de relations entre œuvres picturales et morphologie de bâtiments de la même époque pourront donc être établies. Une bibliothèque graphique de ces éléments serait envisageable et permettrait de faciliter la restitution de tableaux tout en gardant un œil critique.

 

AIDES - CONTACTS

1.  Faculté Polytechnique de Mons (FPMs - Belgique)

Prof. Dr. ir Durand (Promoteur - Service de Génie Mécanique)

Prof. Dr. Lobbry (Service de Génie Electrique)

Dr. ir Sabbe (Service d’Architecture)

Prof. Dr. ir Wilquin (Service d’Architecture)

2.  Université Libre de Bruxelles (ULB  - Belgique)

Prof. Dr. D’Hainaut (Histoire de l’Art et d’Archéologie de la Renaissance de la Faculté de Philosophie et Lettres)

3.  Université de Gand (Belgique)

Dr. Seurinck (Chercheur)

Prof. Dr. Martens (Histoire de l’art et Philosophie et Lettres)

4.  Université de Venise (IUAV - Italie)

Prof. Dr. De Rosa (Faculté d’Architecture)

5.  Laboratoire Map-Gamsau à Marseille (France)

Dr De Luca (Architecte, Chercheur CNRS)

Mr Florenzano (Architecte, Directeur de Recherche, Responsable du Gamsau, Directeur du MAP)